Belle Epine

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans », professait Rimbaud. La réalisatrice Rebecca Zlotowski se fait le chantre – avec brio – de ce vers poétique avec son premier long métrage Belle Epine. Il est des films comme ça dont on ne se débarrasse pas facilement, comme un fauve qui vous saute à la gorge et qui ne vous lâche plus. Une emprise d’une heure et demie dans une salle obscure de cinéma.

Prudence Friedman – la délicieuse Léa Seydoux – a 17 ans, et une furieuse envie de se forger une identité. Livrée à elle-même dans l’appartement familial après la mort de sa mère et l’absence patriarcale, elle se réfugie dans l’errance et vante sa liberté comme carapace à la solitude. Eblouie par l’exubérance téméraire d’une bande de jeunes motards, elle décide de tout faire pour devenir l’une des leurs. Mais le « vilain petit canard » à la blancheur mutique patauge dans cette mare d’écervelés. Il n’y trouve pas sa place, vit parallèlement et s’enlise dans cette position de fugitif. Entre tradition religieuse et évasion nocturne, Prudence se perd dans les méandres d’une vie tortueuse.

Porte parole d’une jeunesse des années 80 déjà en proie au malaise sociétaire, la réalisatrice nous  offre une déambulation crépusculaire à travers une ville chahutée par l’incompréhension, l’indifférence généralisée et l’hermétisme au monde résolument moderne. En atteste ces courses de motos, qui ne sont pas sans rappeler La fureur de vivre [Nicholas Ray, 1955] où une bande de jeunes frôlent chaque week-end la mort au volant de leurs voitures. Les relations sont éphémères, la mort inéluctable.
Belle Epine est un tourbillon dans lequel le spectateur est aspiré dès les premières images, comme happé par la virtuosité émotive des personnages et les pulsions subversives de la jeunesse.

Le traitement de l’image est d’une pureté diamantesque. A la manière d’un joaillier, Rebecca Slotowski taille son film comme une pierre précieuse en s’entourant d’une nouvelle génération d’acteurs prometteurs. Elle affute les bords de son bijou cinématographique par la grâce d’une bande-son avant-gardiste et onirique – Rob signe ici sa première bande originale. Enfin, elle polit le tout en mettant en exergue la sensualité délectable de Léa Seydoux, qui révèle un érotisme absolu malgré les jouissances de parking et des ébats passifs.

La jeune Prudence est complice par omission de l’échec de sa jeunesse. A la manière d’un confessionnal inversé – dans une cabine d’essayage – le clerc tance et réprimande la jeune fidèle. Le rideau tremble mais jamais ne s’ouvre. La privauté de l’échange est respecté !

 

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