Les dessous de table ne sont que des porte-jarretelles.

Paola_Pitagora_Pugni_in_tasca

Je suis une ermite au service de mes tribulations nocturnes. A peine la nuit tombée, je fouille dans les poches de mon  veston pour retrouver les derniers kopecks qui me permettront de boire un coup. Les yeux plissés, la démarche fatiguée mais toujours noble, j’arpente les boulevards inquiétants d’un Paris décontenancé. Chacun de mes pas me plonge dans un mépris sans nom pour les égarés du cinéma d’auteur, flirtant avec une habileté excessive sur la vague de l’inconsistance généralisée, promue comme fruit de l’esthétisme et vendue à prix d’or. D’ores et déjà, les bouteilles en verre se brisent comme les rêves des petits étudiants germanopratins. Prélude de la misère culturelle qui s’annonce plus cruelle que prévue. Les musées ferment leurs portes devant leur vacuité manifeste, les libraires organisent des autodafés et les anciens lecteurs se prosternent devant l’autel télévisé. La puissance cathodique a eu raison des pages emplies de mots. La génération du zapping ne tourne pas de feuillets, mais appuie sur des boutons plastifiés pour commander le monde. L’individualisme à son paroxysme, seul devant le poste de télévision, à contempler en sirotant un jus de fruit glacé, les affres du Tiers Monde. Non, le Tiers Monde n’existe plus; terme tombé en désuétude depuis que la classe bourgeoise et catholique ne détient plus le monopole de l’information. « Pays émergents, NPI ou pays pétroliers », c’est plus clinquant.

Rue Saint Benoît. Plus la taille des jupes se réduit, plus mon désir augmente. Equation cartésienne de l’esprit alambiqué d’un jeune homme en proie à de violentes dérives érotiquement réalisables. Ballet incessant de rédactrices en chef à forte concentration silliconique, mannequins retouchées et mères de famille botoxées. Seul l’esprit est allégé.
Hypophyse en pause, réactivité aussi rapide qu’un pneumatique et cellules grises light.

Je vomis les grosses berlines américaines garées sur les pavés nonchalants de la place de l’Eglise Saint Germain. Havre de paix réservé, barricadé et enclavé. 

Café Capitol. Devanture sixties. Flipper nineties. « Un poison violent, c’est ça l’amour. Un truc à ne pas dépasser la dose ». Les portes vitrées s’ouvrent à leur aise devant mes pas prometteurs. Les rares clients  s’écartent. Lustré par d’incessantes allées et venues de torchons blancs criblés de tâches rouges, vertes et jaunes, le comptoir en zinc me défie. Verres rangés comme des quilles que je me plais à culbuter devant les regards enchanteurs des bambins de bobos assis negligemment sur les tables en formica. Un Orangina s’il vous plaît, et un autre Vittel Cassis.
Le serveur me regarde d’un oeil mélancolique mais d’un sourire teinté d’une haine méprisante, reflet d’une sempiternelle hargne envers les bohémiens de mon espèce.

La fin de la nuit se trouve au bout de la mèche de ma lampe Berger.

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